Pourquoi je préfère les détours aux itinéraires parfaits

Pourquoi je préfère les détours aux itinéraires parfaits

Pourquoi je préfère les détours aux itinéraires parfaits

J’ai longtemps cru qu’il fallait savoir où l’on allait.

Avoir un plan. Un vrai. Avec une direction, des objectifs, quelques étapes bien définies et, si possible, un joli tableau quelque part pour vérifier que tout se déroule comme prévu. On nous apprend très tôt que les gens qui savent où ils vont sont ceux qui réussissent. Les autres cherchent encore.

J’ai fini par comprendre que je faisais partie des autres.

Et franchement, ça me va très bien.

Je me méfie un peu des vies parfaitement tracées. Pas parce qu’elles sont mauvaises, mais parce qu’elles donnent parfois l’impression que tout est déjà décidé avant même qu’on ait eu le temps de se demander ce dont on avait réellement envie.

Moi, j’aime les détours.

Pas ceux qu’on prend parce qu’on s’est trompé de route. Ceux qu’on choisit volontairement, simplement parce qu’une rue nous plaît, qu’une lumière nous arrête ou qu’un café possède une terrasse suffisamment jolie pour justifier une heure de retard.

C’est probablement une mauvaise façon d’organiser sa vie.

C’est aussi une excellente façon de la vivre.

J’aime les endroits où je n’avais aucune raison d’aller

Il y a quelque chose de magnifique dans le fait d’entrer quelque part sans savoir pourquoi.

Un bar dans lequel on n’avait jamais prévu de boire. Une librairie découverte en cherchant autre chose. Une plage trouvée après avoir raté une sortie. Une petite rue qui n’apparaît dans aucun guide et qui devient, quelques années plus tard, l’endroit dont on parle encore.

Les meilleurs souvenirs ont rarement besoin d’une invitation officielle.

Ils arrivent souvent quand on avait prévu autre chose.

Je crois que c’est pour ça que je n’aime pas tellement les journées entièrement verrouillées. Quand chaque heure est déjà attribuée, il ne reste plus beaucoup de place pour ce qui n’était pas prévu.

Et l’imprévu, lui, a généralement bien plus d’imagination que nous.

Je préfère parfois être en retard

Je sais.

Ce n’est pas très sérieux.

On nous a appris que la ponctualité était une qualité et, techniquement, c’est vrai. Mais il existe une différence entre être constamment en retard et accepter qu’une conversation intéressante puisse parfois durer plus longtemps que prévu.

Si je suis assise à une terrasse avec quelqu’un que j’aime bien et que la discussion devient suffisamment intéressante pour que je ne voie pas le temps passer, je ne vais pas regarder l’heure toutes les trois minutes pour protéger un planning.

Le planning survivra.

La conversation, elle, ne se représentera peut-être jamais.

Il y a des choses qu’on peut reporter.

Un rendez-vous, un mail, une lessive, une réunion parfaitement inutile.

Mais certains moments ont une date d’expiration.

Il faut savoir les reconnaître.

Je crois aux rencontres qui arrivent sans prévenir

Je ne parle pas forcément d’amour.

Même si, évidemment, l’amour adore particulièrement les mauvais horaires et les situations compliquées.

Je parle de ces personnes qui entrent dans notre vie presque par accident et qui finissent par laisser une trace disproportionnée par rapport au temps qu’elles y ont passé.

La fille rencontrée dans un train.

Le type avec qui tu as parlé quinze minutes devant un bar.

La vieille dame assise à côté de toi dans un avion qui t’a raconté toute sa vie avant l’atterrissage.

Le serveur qui connaît ton prénom alors que tu n’as aucune idée de la manière dont il l’a retenu.

On sous-estime énormément ces rencontres minuscules.

Elles ne changent pas forcément notre vie.

Mais parfois, elles changent la couleur d’une journée.

Et c’est déjà beaucoup.

Je n’ai jamais compris pourquoi il fallait toujours savoir ce qu’on voulait

On pose cette question comme si elle était obligatoire.

« Tu sais ce que tu veux faire de ta vie ? »

Non.

Pas toujours.

Et je ne trouve pas ça particulièrement inquiétant.

Je trouve même ça plutôt sain.

Il y a des périodes où l’on sait exactement ce que l’on veut. D’autres où l’on avance à tâtons, où l’on essaie quelque chose, puis autre chose, où l’on change d’avis et où l’on découvre que le rêve qu’on poursuivait depuis cinq ans ne nous plaît finalement plus autant.

C’est le problème avec les certitudes : elles vieillissent parfois très mal.

J’ai changé d’avis sur des gens, des villes, des métiers, des vêtements, des histoires d’amour et probablement sur quelques mauvaises décisions que je continue pourtant à défendre avec beaucoup trop de mauvaise foi.

Je ne considère pas ça comme de l’inconstance.

J’appelle ça être vivante.

Alors oui, je vais continuer à prendre des détours

Je vais probablement encore entrer dans un restaurant parce que sa devanture me plaît.

Je vais continuer à prendre une rue simplement parce que je ne la connais pas.

Je vais m’asseoir à une terrasse pour cinq minutes et y rester deux heures.

Je vais accepter certaines invitations alors que je n’étais pas censée sortir.

Je vais changer de direction en plein milieu du chemin parce qu’une idée m’a traversé la tête.

Et je vais probablement me perdre.

Plusieurs fois.

Mais je préfère me perdre dans une ville que passer ma vie à suivre une carte dessinée par quelqu’un d’autre.

Parce qu’au fond, je crois que nous sommes beaucoup trop obsédés par l’idée d’arriver quelque part.

On parle de destination, de réussite, de carrière, de couple, de maison, de projets, comme si toute notre existence devait être une longue ligne droite entre un point de départ et un point d’arrivée.

Moi, j’ai envie de regarder ce qu’il y a sur les côtés.

Les terrasses.

Les gens.

Les nuits qui commencent sans raison.

Les conversations qui s’éternisent.

Les villes dans lesquelles je ne pensais jamais mettre les pieds.

Les erreurs dont je rirai plus tard.

Les histoires que je n’avais absolument pas prévues.

Et peut-être même les personnes que je ne connais pas encore.

Alors si tu me demandes où je vais, je pourrai probablement te répondre.

Mais si tu me demandes où je serai dans cinq ans, je préfère garder le mystère.

J’ai toujours eu un faible pour les chemins qui ne sont pas encore dessinés.

Jackie

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